Les perspectives économiques pour 2021

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À la suite d’une année 2020 qui a été particulièrement brutale dans son évolution, les perspectives économiques 2021 s’articulent autour de 6 points clés permettant d’appréhender les enjeux de l’année à venir. Le redressement des marchés financiers depuis novembre montre la confiance des investisseurs sur le potentiel de reprise de l’économie mondiale et des résultats des sociétés en 2021, alors que la vaccination débute en Europe.

 

POINT MACRO-ÉCONOMIQUE

PAR PHILIPPE WAECHTER, CHEF ÉCONOMISTE, OSTRUM ASSET MANAGEMENT

 

Quelles perspectives pour 2021 ?

 

L'année 2020 a été particulièrement brutale dans son évolution. Pour 2021, on peut articuler les perspectives autour de 6 points.

 

  • Caractéristiques de la crise

 

  1. Des comportements sanitaires très différenciés selon les pays => politiques économiques spécifiques conduisant à une plus grande hétérogénéité cyclique.
  2. Des comportements sectoriels peu homogènes entre les services et les biens avec des effets durables sur la production et la consommation de services.
  3. Des effets de persistance qui mettront en avant le rôle de la politique budgétaire puisque la crise oblige à repenser la dynamique potentielle des économies.
  4. On ne reviendra jamais sur le niveau de PIB qui aurait prévalu sans la crise. Le rattrapage sur 2019 sera, néanmoins, plus rapide en raison du vaccin. Pour la plupart des économies ce rattrapage aura lieu entre 2022 et 2023, mais sera probablement plus lent pour le UK en raison du Brexit sans accord.

 

  • Une dynamique de croissance peu homogène entre la Chine, les USA et la zone Euro. La situation est robuste en Chine avec une croissance soutenue par une stratégie de substitution d'importations même s'il existe des risques financiers. La situation américaine est plus complexe avec la résurgence très violente de la crise sanitaire. Cela pèsera sur le début d'année. Un plan de relance sera absolument nécessaire par la suite. En zone Euro, les divers plans de relance vont permettre un rattrapage en 2021 avec le risque d'un plan européen à 25. Le dernier point est le risque fort d'un Brexit sans accord qui adoucirait une transition qui de toute façon sera brutale, principalement pour les britanniques. Leurs échanges avec l'Europe seront moins avantageux pour eux et ils seront beaucoup plus pénalisés par leur sortie de l'UE que les pays de l'UE ne le seront par leur sortie.

 

  • Quels profils pour la croissance : Robuste en Chine pour 2021 puis modération et retour sur la tendance qui était de + 5% avant la crise sanitaire. Le niveau de PIB de 2021 sera supérieur à celui de 2019. Aux USA, la croissance va être faible, peut être négative au premier trimestre, et limitée sur l'ensemble de l'année. Le PIB ne sera pas de retour au niveau de 2019 à la fin 2021. Effet probable d'accélération sur la fin de l'année avec le plan de relance s'il est voté. La croissance en 2022 sera en grande partie lié à l'effet d'acquis à la fin 2021 mais la croissance sera proche du potentiel (un peu en-dessous de 2.5%). En zone Euro, il y aura un rattrapage fort en 2021 en raison des plans (le plan européen aboutira même sans les Polonais ni les Hongrois). Retour sur le potentiel en 2022 soit autour de 1.5%. Les vaccins vont faciliter ce profil mais ne règleront pas le point 2 ci-dessus.

 

  • Le risque de voir l'inflation s'accélérer dans les mois qui viennent est réduit. Il y aura une normalisation sur les secteurs ayant été les plus pénalisés, le taux d'inflation sera plus élevé, mais la reconstruction de l'offre dans ces secteurs ne permet pas d'anticiper une accélération forte des prix. Cependant, à moyen terme, il y aura probablement plus d'inflation pour faciliter les ajustements résultant de la reconstruction du système productif.

 

  • Equilibre nouveau des politiques économiques. La politique budgétaire va être au cœur de la dynamique macroéconomique alors que la politique monétaire ne fera qu'accompagner le mouvement => les taux d'intérêt vont rester bas très longtemps pout toutes les maturités. Les banques centrales n'annuleront pas les dettes publiques.

 

  • La question posée, notamment en Europe et aux USA, sera celle du niveau de la dette publique alors que la croissance sera limitée et les politiques budgétaires seront accommodantes encore très longtemps. En d'autres termes, comment faire pour réagir à un nouveau choc négatif sur l'activité lorsque la dette publique est déjà très élevée et que les banques centrales ont déjà des bilans débordants de dette publique ? Quelle marge de manœuvre pour la politique conjoncturelle ? L'annulation de la dette publique est une mauvaise idée pour des tas de raisons (construction et pérennité de la zone Euro lorsque les idées sur la dette publique et la politique budgétaire sont souvent opposées ; c'est aussi une question de crédibilité). Cependant, il va falloir réfléchir à cette question alors que la demande d'action publique s'accroît. L'inflation peut être une idée…